Interviews et témoignages sur le thème de la succession d'entreprise

Tout est bien qui finit bien – céder à autrui l'œuvre de sa vie

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Au début des années 80, à l'époque pionnière de l'informatique commerciale, Jörg Studach et Adrian Eggenberger fondaient SOFTEC AG, à Steinhausen (ZG). Trois décennies plus tard, ils se lançaient dans leur dernier projet commercial: la vente de leur entreprise, œuvre de leur vie.

A 59 ans, Jörg Studach et Adrian Eggenberger ont enfin du temps. Du temps pour lire, pour voyager, pour s'engager dans l'Association suisse d'aéromodélisme (Adrian Eggenberger) ou dans des projets immobiliers (Jörg Studach).

Jörg Studach et Adrian Eggenberger
Jörg Studach et Adrian Eggenberger

«Je ne me suis jamais ennuyé une seconde», affirme Jörg Studach, au siège social de SOFTEC AG à Steinhausen, qui ajoute en riant: «D'ailleurs, je ne sais même plus où je trouvais le temps de travailler!» Pour lui et Adrian Eggenbergerg, SOFTEC AG est l'œuvre d'une vie. Aujourd'hui, l'entreprise fonctionne parfaitement, même sans eux. Et ce grâce, notamment, à une planification minutieuse de la part des deux anciens propriétaires – un processus qui a pris cinq ans.

On cherchait un repreneur à l'interne

En 2009, Jörg Studach et Adrian Eggenberger dépassaient la barre des 50 ans. Leur entreprise, qui employait déjà 40 collaborateurs, était prospère, et tous deux avaient de quoi être satisfaits de leur carrière. «Je ne voulais pas que SOFTEC soit jusqu'à ma mort au centre de ma vie et de mes préoccupations», se rappelle Jörg Studach. Les deux patrons ont décidé d'organiser la cession de leur entreprise. «Les premières discussions ont eu lieu en tête-à-tête», raconte Adrian Eggenberger. Il fallait notamment arranger un plan financier privé pour les années les séparant de l'âge officiel de la retraite.

Collaborateur au travail

Lorsqu'il a fallu trouver des successeurs, ils ont tout naturellement pensé à leurs collaborateurs. «C'était la solution la plus simple et la plus durable. Nos collaborateurs expérimentés connaissaient parfaitement l'entreprise.» Ils ont discuté avec des candidats appropriés, tout en informant les autres collaborateurs de leur projet. La nouvelle n'a pas tardé à se répandre; et très tôt, les deux propriétaires ont reçu des offres externes. «Vendre à une entreprise externe aurait sans doute été plus lucratif», concède Jörg Studach, «mais alors nous n'aurions pas su ce que deviendrait l'entreprise. Nous avions des collaborateurs et des clients de longue date, envers qui nous sentions une certaine obligation.»

 

Des premiers PC jusqu'à l'e-mail

Chez SOFTEC, les bonnes relations humaines ont toujours été plus importantes que les gros bénéfices. Et ce, bien que l'informatique fasse partie d'un secteur qui a connu une croissance phénoménale ces dernières années. En 1981, alors qu'IBM mettait sur le marché ses premiers «personal computers», Jörg Studach, un électronicien de 22 ans spécialisé dans les langages logiciels, fondait la société SOFTEC AG avec son ami Ruedi Müller. Ils installaient et programmaient ces petits ordinateurs dans les entreprises, pour effectuer des tâches simples comme la tenue d'inventaire et les calculs budgétaires, à la place des gros ordinateurs coûteux de l'époque.

La demande était immense. «Très vite, nous étions une vingtaine», se souvient Jörg Studach. En 1994, Jörg Studach et Ruedi Müller (qui est resté actionnaire silencieux de SOFTEC jusqu'à la cession) s'associent avec l'ingénieur électricien Adrian Eggenberger. Celui-ci crée une nouvelle division, consacrée aux infrastructures de réseau: avec la généralisation de l'informatique, serveurs, réseaux internes et stockage massif de données devenaient toujours plus indispensables. «Nous étions comme des missionnaires», se rappelle Adrian Eggenberger, «à tenter de convaincre les entreprises que l'avenir était à l'e-mail. On s'entendait parfois répondre: le téléphone, ça suffira amplement!»

 

Les anciens patrons cèdent la place

A la fin des années 90, Internet connaissait une croissance fulgurante, et avec lui le commerce en ligne. Le téléphone s'est mis à sonner sans arrêt: «Toute entreprise avec un minimum d'ambition voulait tout d'un coup sa boutique en ligne», raconte Jörg Studach; «nous aurions pu embaucher des douzaines de personnes.» Mais, tandis que les autres sociétés informatiques s'agrandissaient massivement, et voyaient leur valorisation boursière exploser, la firme zougoise est restée modeste. «La question qui nous taraudait était la suivante: jusqu'où pouvons-nous grandir tout en continuant de bien faire ce que nous faisons?» En 2001, la bulle du «dot-com» éclate, et beaucoup de leurs concurrents font faillite. Mais SOFTEC continue de croître patiemment; en 2006, elle compte une quarantaine de salariés.

Un employé dans la salle des serveurs

Chez SOFTEC, les bonnes relations humaines ont toujours été plus importantes que les gros bénéfices.

Jörg Studach et Adrian Eggenberger ont impliqué tous leurs collaborateurs dans le processus de succession. A mesure qu'ils préparaient les nouveaux patrons, ils informaient le personnel des progrès, et discutaient avec lui, en personne, des points critiques soulevés. Six mois avant la passation officielle, le 1er janvier 2015, les deux patrons quittaient définitivement leur bureau. «L'éloignement physique a été la dernière phase de la cession», explique Adrian Eggenberger. «Ainsi, nous n'avons pas été tentés de trop nous immiscer.» Les anciens propriétaires sont encore impliqués jusque fin 2018 en qualité de consultants, et Adrian Eggenberger siège encore au conseil d'administration.

«Lorsque je ne suis pas d'accord avec une décision, je me demande chaque fois si je dois intervenir ou non. Mais à un moment donné, il faut savoir se dire: c'est sûr, ils s'y prennent différemment, mais le succès est toujours au rendez-vous. Adrian Eggenberger en profite aussi: «Et on finit par se rendre compte qu'ils se débrouillent très bien sans nous!» Jörg Studach, quant à lui, n'aurait pas voulu assumer ce rôle; aussi n'est-il pas entré au conseil d'administration. «Un ami m'a dit un jour: lorsque toute sa vie, on a siégé en tête de table, on ne supporte plus d'être assis sur les côtés.»

Néanmoins, Jörg Studach et Adrian Eggenberger passent encore à leur ancienne entreprise presque chaque semaine. Les lundis, quand vient le masseur, ils en profitent pour se confier à ses soins, et partager un café ou un repas avec leurs anciens collaborateurs. Bref, ils ont bien du mal à lâcher prise …

 

Auteur: Joël Bedetti
Illustrations: Thomas Egli

Le siège de SOFTEC AG à Steinhausen
Le siège de SOFTEC AG à Steinhausen

SOFTEC AG – Une société informatique de pointe

La société de services informatique SOFTEC AG emploie 40 collaborateurs à Steinhausen (ZG). Elle est spécialisée dans le développement de logiciels, les technologies de réseau et de sécurité, la mise sur pied et l'exploitation d'environnement clients / serveur et la conception-maintenance d'infrastructures informatiques. Parmi ses clients, elle compte des entreprises, des communes, des cantons et des établissements hospitaliers. Pour en savoir plus: softec.ch