L’incertitude entraîne des fluctuations des taux de change
La force du franc et les fluctuations des taux de change peuvent avoir un impact significatif sur les comptes annuels et le budget des entreprises suisses. Alexander Koch, économiste chez Raiffeisen Suisse, explique dans un entretien quelles en sont les conséquences et comment les PME peuvent y faire face au mieux.
19.03.2026
Nous traversons une période de turbulences: politique douanière américaine, guerre en Ukraine, tensions géopolitiques, fortes fluctuations des prix ou pénurie de matières premières ne sont que quelques-unes de ses manifestations. Comment ces événements influencent-ils les taux de change, et en particulier le franc suisse?
Alexander Koch: Ils sont source d’incertitude. Et cette incertitude entraîne des fluctuations croissantes des taux de change et un franc plus fort. Les investisseuses et investisseurs recherchent des valeurs refuges, ce qui contribue notamment à renforcer la monnaie suisse. Les écarts importants entre les taux d’inflation exercent une appréciation monétaire supplémentaire. L’inflation suisse est nettement inférieure à celle d’autres zones monétaires. Cette situation entraîne une appréciation continue du franc en termes nominaux.
Quelles sont les répercussions de la force du franc sur les entreprises suisses?
A. K.: Cela dépend entièrement de l’activité des entreprises. Pour un constructeur de machines, par exemple, qui fabrique ses machines en Suisse et les vend à l’étranger, l’appréciation du franc représente un handicap face à la concurrence étrangère. En revanche, les PME qui importent des marchandises ou des matières premières bénéficient de coûts d’achat moins élevés. Les détaillants des régions frontalières se trouvent dans une situation particulière. Celles-ci souffrent davantage du tourisme de consommation élevé lorsque le franc est fort.
Et quelle est l’incidence des fluctuations croissantes des taux de change?
A. K.: Celles-ci compliquent considérablement la planification et le calcul. En tant qu’entrepreneuse ou entrepreneur, je ne sais jamais exactement, en cas de fortes fluctuations des cours, combien de francs me rapporteront réellement mes ventes à l’étranger ni combien me coûteront réellement mes achats à l’étranger. Il peut donc s’avérer difficile d’établir un budget relativement fiable. Si les taux de change évoluent dans une direction défavorable, il existe des risques de pertes ou de difficultés de paiement.
«Sans couverture, un taux de change défavorable peut rapidement devenir un problème pour l’entreprise.»
Alexander Koch
Economiste chez Raiffeisen Suisse
Comment les PME peuvent-elles se prémunir contre de telles fluctuations?
A. K.: Les opérations à terme sont un instrument couramment utilisé pour réduire les risques de change. Un futur taux de change est alors fixé avec la banque. La PME dispose ainsi d’une base de calcul fixe et réduit les risques liés aux fluctuations des taux de change sur son résultat opérationnel.
Alexander Koch
Responsable de la stratégie macroéconomique chez Raiffeisen Suisse
Alexander Koch a étudié l’économie aux universités de Munich et de Southampton. Après un passage dans le cabinet de conseil en stratégie Roland Berger, il a débuté sa carrière dans le secteur bancaire chez UniCredit, dans les opérations avec la clientèle entreprises. Son parcours l’a ensuite conduit vers l’analyse du risque pays, puis vers l’Economic Research. En 2013, il a rejoint Raiffeisen Suisse, où il a d’abord été chargé de l’analyse du marché immobilier, puis de l’analyse de la conjoncture et des taux d’intérêt.