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La BNS peut se permettre d’attendre

Lors de son examen du 24 septembre 2026, la Banque nationale suisse (BNS) a décidé de maintenir son taux directeur à 0,0%. Notre chef économiste Fredy Hasenmaile explique les conséquences de cette décision et répond aux principales questions à ce sujet.

24.09.2026

Aspects généraux et économiques

Comment l’inflation évolue-t-elle?

Les prix à la consommation sont tirés à la hausse dans le monde entier en raison de la forte augmentation des prix de l’énergie. Les espoirs d’un règlement rapide du conflit en Iran ne se sont pas concrétisés. L’offre mondiale d’énergie reste donc fortement limitée. La rareté des capacités de raffinage et le faible niveau des stocks de gaz font augmenter les prix à la consommation finale des produits énergétiques plus fortement que le prix du pétrole brut à mesure que le conflit se prolonge.

Cela vaut également pour la Suisse. Les effets des prix de l’énergie sont toutefois beaucoup plus modérés en Suisse en comparaison internationale, notamment en raison de la faible part des dépenses énergétiques dans le panier des prix à la consommation. Et à l’exception des produits pétroliers, aucune hausse de l’inflation n’est à ce jour constatée en Suisse.

 

La politique monétaire doit-elle réagir au choc des prix de l’énergie?

La politique monétaire ne doit pas nécessairement réagir à la seule hausse des prix de l’énergie. En effet, une flambée des prix réduit le pouvoir d’achat tout en pesant sur la conjoncture. La politique monétaire ne devrait relever les taux d’intérêt que lorsque la hausse des prix se confirmera et se répercutera plus largement sur les prix de vente, les prévisions d’inflation et les salaires.

Actuellement, ce risque est nettement moins élevé qu’en 2022, après le déclenchement de la guerre en Ukraine. A l’époque, de vastes difficultés d’approvisionnement pour de nombreux biens se sont heurtées à une forte demande et à un marché de l’emploi tendu. Cette fois-ci, le choc se concentre en grande partie sur les produits énergétiques. Le taux d’utilisation des capacités est inférieur à la moyenne et la pression sur les salaires est modérée.

Cependant, plus la crise énergétique durera, plus elle risque d’avoir des effets secondaires différés. En raison des risques accrus d’inflation, la Banque centrale européenne (BCE) a déjà légèrement relevé ses taux directeurs.

 

Qu’est-ce que cela signifie pour la politique des taux de la BNS?

Pour le moment, la BNS peut se permettre d’attendre. La faible hausse de l’inflation liée aux prix de l’énergie, avec une inflation sous-jacente toujours dans la zone inférieure de la fourchette de 0 à 2% d’inflation visée par la BNS, ne suscite pas de grandes inquiétudes en matière d’inflation.

Jusqu’à présent, les principales préoccupations de la BNS ont été la demande mondiale et le taux de change. L’économie mondiale se montre toutefois étonnamment résiliente. Dans le même temps, le franc a perdu de la vigueur en raison de la hausse des prévisions de taux pour la Réserve fédérale américaine et la BCE. En termes réels, le franc n’affiche désormais plus de surévaluation notable. Il n’y a donc plus besoin d’intervenir sur le marché des changes pour empêcher un franc fort.

Sans perspective de voir l’inflation dépasser ou rester en-deçà de son objectif, la BNS peut observer en toute bonne conscience l’évolution dans un environnement très volatil. Si la zone euro et la Suisse poursuivent leur reprise conjoncturelle malgré les vents contraires des prix de l’énergie, une fenêtre devrait s’ouvrir pour un taux directeur de la BNS modérément positif l’an prochain. L’écart de taux record par rapport à la zone euro devrait mettre un terme à la politique très accommodante de taux zéro, sans que le franc ne s’apprécie forcément de nouveau de manière significative.

Marché hypothécaire

Que signifient les perspectives de la BNS pour les intérêts hypothécaires?

Tant que la BNS maintiendra sa politique de taux zéro, le taux d’intérêt journalier SARON ainsi contrôlé restera lui aussi inchangé. Par conséquent, les conditions des hypothèques SARON ne connaîtront guère de modifications à court terme.

En revanche, pour les intérêts hypothécaires à plus long terme, ce n’est pas le taux directeur actuel qui est déterminant, mais plutôt les prévisions en la matière. Et comme les marchés financiers intègrent entretemps un taux directeur modérément positif pour la BNS sur l’année, les conditions des hypothèques à taux fixe se sont déjà quelque peu renchéries. Par ailleurs, en l’absence de signes d’un cycle de hausse rapide et marqué des taux d’intérêt de la BNS, il n’y a aucune raison pour celle-ci de procéder une nouvelle hausse significative des taux à long terme.

 

Quel impact cela a-t-il sur le marché de l’immobilier résidentiel?

Le faible niveau des taux d’intérêt à court terme et les taux d’intérêt à long terme toujours modérés continuent d’offrir des conditions de financement attractives pour l’achat d’une maison ou d’un appartement financé par crédit. Dans le même temps, il s’avère que le niveau élevé des prix et les exigences de financement strictes freinent de plus en plus le marché immobilier. Bien que l’offre reste limitée et que les prix devraient continuer à augmenter, de nombreux signes indiquent que la dynamique des prix sur le marché immobilier a dépassé son pic.

 

Quelle contrainte sur taux d’intérêt est indiquée en cas de prolongation ou de nouvelle souscription d’une hypothèque?

A l’heure actuelle et à plus long terme, les hypothèques SARON sont généralement plus avantageuses que les hypothèques à taux fixe. Elles supposent toutefois une capacité de risque suffisante ainsi qu’une disposition plus élevée à prendre des risques. Les hypothèques à taux fixe à plus long terme peuvent ainsi s’avérer judicieuses si l’on part du principe d’une reprise conjoncturelle plus forte que prévu et d’un cycle de taux prolongé de la BNS. Dans ce cas, une hypothèque à taux fixe sur plusieurs années est indiquée, surtout si l’on préfère adopter une base de calcul fixe. En revanche, les durées plus courtes sont à privilégier si l’on craint des effets conjoncturels négatifs plus importants, accompagnés de taux zéro, voire à nouveau négatifs, à plus long terme. 

Fredy Hasenmaile
«La BNS n’a aucun besoin d’intervenir dans l’immédiat.»

Fredy Hasenmaile

Chef économiste de Raiffeisen Suisse

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