• Pôle de recherche et place économique Suisse

Le secteur de la construction en bois est en plein essor: un partenariat pour un secteur en croissance.

Raiffeisen Suisse est désormais partenaire de l’association Holzbau Schweiz. Pourquoi le bois est-il un matériau de construction si apprécié et quels sont les défis auxquels le secteur est confronté? Hansjörg Steiner, président de Holzbau Schweiz, présente son secteur en forte croissance.

15.07.2026

Monsieur Steiner, pourquoi le secteur de la construction en bois est-il en plein essor?

Le bois comme matériau de construction connaît un regain d’intérêt depuis quelques années. Cela n’a rien d’étonnant: ce matériau de construction, le plus ancien de l’humanité, pousse à notre porte. Tout le monde connaît le matériau bois et l’associe aux loisirs, au repos, à la nature, à l’air pur. Le bois apaise, apporte chaleur et sécurité – ce n’est pas un matériau froid, mais un matériau vivant. A cela s’ajoute sa durabilité. Comme il s’agit d’une matière première renouvelable, le bois est considéré comme climatiquement neutre – du moins s’il provient d’une sylviculture durable: les arbres absorbent le dioxyde de carbone, lequel est à nouveau libéré lors de la combustion – un cycle naturel par lequel la teneur en CO2 dans l’atmosphère n’augmente pas, mais reste stable. Une autre raison de la forte demande de constructions en bois est que le secteur investit constamment dans la formation depuis de nombreuses années. Cela porte ses fruits. Par exemple, nos expertes et experts travaillent aujourd’hui dans le domaine de l’urbanisme, où ils peuvent apporter leur savoir-faire. Cela a notamment entraîné la révision des normes obsolètes de protection contre les incendies, ce qui a permis le boom de la construction en bois.

 

Quels sont les avantages du bois par rapport aux autres matériaux de construction?

La construction en bois présente de grands avantages pour la densification ultérieure, car le bois est léger. Lorsque l’on surélève un bâtiment, un poids colossal pèse sur la structure existante, et les fondations doivent être retravaillées en raison de cette charge supplémentaire. On a vite fait d’oublier cette contrainte supplémentaire lorsque l’on pense à densifier la construction – avec le bois, elle est moins importante. Le bois séduit également pour les nouvelles constructions parce qu’il allie esthétique et capacité de charge: aujourd’hui, tout peut être construit en bois à partir de 50 centimètres du sol. Notre secteur est très innovant, et nous utilisons par exemple le BIM (Building Information Modeling) depuis plus de 20 ans. Cette méthode combine toutes les données pertinentes d’un ouvrage dans un modèle en 3D. Travailler avec de tels «jumeaux numériques» simplifie considérablement le processus de construction. La préfabrication nous permet en outre de réduire le temps passé sur les chantiers et de produire des éléments de haute qualité dans des halles chauffées et à l’abri des intempéries. La production n’engendre que très peu de déchets si elle est planifiée avec précision. Les bâtiments temporaires comme les salles de sport ou les modules de salles de classe peuvent être construits en quelques mois et démontés en économisant les ressources.

Durabilité du bois

Pour croître, les arbres prélèvent du dioxyde de carbone dans l’atmosphère: un mètre cube de bois stocke environ une tonne de CO2. Aussi longtemps que le bois récolté est incorporé dans la construction (et non brûlé), il permet même de réduire le CO2, car celui-ci reste absent de l’atmosphère. Le bois fait également bonne figure en ce qui concerne l’énergie grise, c’est-à-dire l’énergie nécessaire à la production, au transport, au montage, puis à l’élimination ou au recyclage. Il est toutefois essentiel que le bois utilisé soit issu d’une sylviculture durable, qu’il ait été traité de manière économe en énergie et qu’il ait parcouru la plus courte distance possible.

Le bois est-il donc toujours le meilleur choix pour construire?

Bien sûr que oui! Dans la construction, il ne s’agit cependant pas seulement de savoir si le bois, le béton, le verre ou l’acier sont préférables. Tous les matériaux ont des propriétés positives et négatives. Comme construire est devenu cher, nous devons aujourd’hui bâtir intelligemment, c’est-à-dire utiliser le bon matériau au bon endroit, qu’il s’agisse de béton, de verre, d’acier ou de bois. Le bois est toujours délicat dès lors que l’eau entre en jeu. C’est pourquoi, comme je l’ai mentionné, il est principalement utilisé à partir d’un demi-mètre au-dessus du sol. Mais les autres matériaux doivent également être utilisés correctement, faute de quoi des défauts de construction apparaîtront. L’avenir est dans l’alliance des matériaux. Ainsi, les fondations sont presque toujours en béton, tandis que les structures en bois nécessitent également des assemblages en acier à partir d’une certaine charge. Pour les immeubles à plusieurs étages, on privilégie de plus en plus le bois comme matière première. Mais les plafonds sont souvent des systèmes composites bois-béton, bois dans la zone de traction, béton dans la zone de pression. Un assemblage intelligent, adapté aux points forts du matériau. Grâce à de tels assemblages, il est possible de réaliser des constructions en bois très complexes. Je suis convaincu que ces systèmes composites offrent encore un potentiel considérable de développement, tant dans la pratique que dans la recherche.

 

Y a-t-il suffisamment de bois disponible (en Suisse) pour répondre à la demande de ce marché en pleine croissance?

Le marché de la construction en bois connaît une croissance si rapide que la forêt suisse et les scieries ne suivent plus le rythme. C’est pourquoi nous devons aujourd’hui importer environ 70% du bois de l’étranger, principalement de l’Espace économique européen. En règle générale, il s’agit de bois certifié FSC. C’est pourquoi je vois un potentiel énorme. Mais, si les gens veulent plus de bois local et plus d’emplois, personne ne veut de poids lourds et de l’industrie. De surcroît, la forêt suisse est très morcelée: il y a environ 250’000 propriétaires forestiers privés et publics – et donc presque autant d’intérêts parfois divergents. La forêt sert de forêt de rapport, de forêt de protection, c’est une réserve naturelle et un espace de loisirs. A cela s’ajoute le défi de l’adaptation de la forêt aux changements climatiques. Nous construisons principalement avec le sapin, l’épicéa et un peu de bois feuillu comme le hêtre, le chêne ou le frêne. Certaines de ces essences se développeront moins, voire ne pousseront plus dans la quantité souhaitée dans certaines régions de Suisse. Même si l’on prélevait un million de mètres cubes de bois supplémentaire dans nos forêts, l’industrie du bois locale serait trop petite pour traiter cette quantité, et les besoins de la construction en bois seraient loin d’être satisfaits.

 

Pourquoi l’industrie du bois ne s’agrandit-elle pas alors que la demande est si forte?

L’industrie du bois s’est un peu développée. La croissance ne peut toutefois pas suivre celle de la construction en bois. Par ailleurs, l’industrie du bois est confrontée à de longs délais d’autorisation. Une entreprise devant satisfaire une forte demande aujourd’hui et ayant besoin de davantage de capacités ne peut attendre dix ans avant d’obtenir un permis de construire pour une nouvelle usine. Partout, nous avons affaire à des recours et à des procès; il faudrait accélérer les procédures.

Holzbau Schweiz et Raiffeisen

Les PME sont très représentées dans le secteur de la construction en bois. Ainsi, un atelier de charpenterie suisse emploie une douzaine de personnes en moyenne. Holzbau Schweiz aide les entreprises à se concentrer sur leur cœur de métier et à croître durablement en intégrant également des aspects tels que le financement, la formation professionnelle et le marketing. Pour cela, l’association doit coopérer avec des prestataires compétents qui la font bénéficier de leurs connaissances et leurs services. En tant que groupe bancaire à forte présence régionale, Raiffeisen jouit d’une grande confiance auprès des PME suisses. Grâce à son partenariat avec Holzbau Schweiz, Raiffeisen soutient un secteur innovant et un matériau de construction durable: le bois.

La construction en bois est-elle globalement confrontée à une pénurie de main-d’œuvre qualifiée ou à un manque d’intérêt de la relève, à l’instar d’autres secteurs?

Nous sommes heureusement l’un des rares secteurs qui compte chaque année plus d’apprenti·e·s – menuisières, charpentiers ou ouvriers du bois. Nous sommes également sur la bonne voie aux niveaux des chef·fe·s d’équipe, des contremaîtres et des maîtres artisans. Les perfectionnements dans le cadre de la formation continue sont très suivis. La construction en bois se maintient bien. Ce qui nous inquiète davantage, c’est la fluctuation élevée dans le secteur au vu de la forte croissance. Chaque année, 200 à 300 postes supplémentaires sont nécessaires. Et si la construction en bois se développe, il faut aussi plus de personnel dans l’ingénierie, l’industrie et le commerce du bois. Dans ces secteurs, il est nécessaire d’investir davantage dans la formation. A l’heure actuelle, ce sont surtout les menuiseries, les constructeurs bois et les exploitants forestiers qui forment la relève pour l’ensemble de la chaîne de création de valeur. La digitalisation et l’automatisation – comme l’utilisation de drones sur les chantiers et la technologie CNC – ne peuvent compenser qu’une partie de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée.

 

Qu’est-ce qui nous attend encore en matière d’automatisation?

L’ensemble du secteur de la construction va évoluer fortement: des exosquelettes aux robots constructeurs en passant par les lunettes digitales, nous verrons de nombreux nouveaux systèmes dans les années à venir. Ils effectueront des travaux fastidieux, réduiront le travail avec des charges lourdes et simplifieront les mesures. Certains s’inquiètent de cette évolution, mais nous devrions la considérer comme une opportunité. Ils rendront certainement les métiers de la construction plus passionnants pour les jeunes et leur ouvriront des perspectives d’avenir. L’une des principales missions de Holzbau Schweiz et de l’organisation faîtière Lignum (Economie suisse du bois) est de promouvoir une relève prometteuse. Car ce n’est qu’avec de nouvelles idées et un engagement renouvelé que nous pourrons toutes et tous croître. Comme une forêt qui a besoin de jeunes arbres sains pour se développer.

Holzbau Schweiz

Holzbau Schweiz

Centre de services et de compétences

L’association professionnelle Holzbau Schweiz se veut un centre de services et de compétences pour tout le secteur de la construction en bois. Elle représente le secteur dans la sphère politique, collabore avec des institutions d’enseignement et de recherche et assume des tâches plus générales telles que le marketing ou l’élaboration de conventions collectives de travail. La formation et le perfectionnement constituent l’une de ses missions centrales: Holzbau Schweiz, en tant qu’association responsable de l’organisation faîtière Lignum, Economie suisse du bois, s’engage dans l’organisation et le développement de la formation de base et de la formation professionnelle supérieure du secteur.

Trouver des articles similaires