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Il est grand temps de se lancer dans l’IA

Les PME suisses n’utilisent l’IA que très prudemment pour l’instant. Elles n’ont pas encore manqué le coche, mais il est grand temps pour elle de se lancer. L’experte en IA Dalith Steiger-Gablinger sait ce qu’il faut pour cela et par où commencer. Dans cet entretien, elle explique également comment les collaboratrices collaborateurs peuvent réussir dans ce nouveau monde du travail axé sur l’IA.

20.03.2026

Où en sont les PME suisses par rapport au reste du monde en ce qui concerne l’utilisation de l’IA?

Hélas, encore nulle part! Au niveau international, nous ne faisons partie ni des pionniers ni des précurseurs. Je trouve cela très regrettable au vu de l’énorme potentiel que l’IA offre justement aux PME.

 

Cette réticence se reflète également dans l’étude sur l’IA réalisée par l’Economic Research de Raiffeisen Suisse. Selon l’étude, seules 9% des PME suisses utilisent systématiquement l’IA. Quelles en sont les raisons, selon vous?

Cela tient en partie à notre ADN: nous sommes très soucieux de la qualité et aspirons à la perfection. Au lieu d’essayer quelque chose et de nous contenter parfois de 80%, nous voulons atteindre d’emblée 100%, voire 120%. Par ailleurs, il règne en de nombreux endroits une forte mentalité de sécurité – on veut être sûr de ne pas se tromper. Cela freine la disposition à prendre des risques et à commettre des erreurs. De nombreux entrepreneurs et entrepreneuses sont tout simplement dans l’incertitude et en savent encore trop peu sur l’IA.

Les PME suisses ont-elles manqué le coche?

Non, elles ne l’ont pas encore manqué. L’attente a également eu ses avantages. Nous pouvons tirer profit des premières expériences et des échecs des autres et en tirer des leçons. Mais il est désormais grand temps pour chaque PME suisse d’utiliser elle-même l’IA et de mettre en œuvre ses premiers cas d’application.

 

Comment les PME doivent-elles se lancer?

Je recommande à toutes de commencer par des applications modestes et relativement simples à mettre en œuvre, qui génèrent un retour sur investissement directement mesurable et visible par tout le monde. C’est un moyen de faire accepter l’intelligence artificielle et de susciter l’enthousiasme des collaboratrices et collaborateurs.

 

Où sont, concrètement, ces opportunités prometteuses pour une première utilisation de l’IA?

Partout où il y a beaucoup de travaux répétitifs. L’IA aide à optimiser les processus et à accroître l’efficacité. Les domaines d’application typiques se trouvent dans le domaine des finances et du personnel: l’IA peut détecter des erreurs dans les factures, analyser et résumer de longs documents, traiter des données, rédiger des procès-verbaux de réunions, comptabiliser les frais, etc.

 

De nombreux collaborateurs et collaboratrices sont sceptiques vis-à-vis de l’intelligence artificielle et craignent pour leur emploi. Que leur répondez-vous?

L’intelligence artificielle soutient les humains, elle ne les remplace pas. Lorsque l’IA exécute les tâches administratives récurrentes et chronophages, les collaboratrices et collaborateurs ont plus de temps pour les interactions sociales et interpersonnelles, que ce soit avec les membres de leur équipe, la clientèle ou les partenaires commerciaux. En utilisant la technologie, nous nous libérons du temps pour nous consacrer à nos tâches essentielles et faire ce pour quoi nous, les humains, sommes les meilleurs. L’IA contribue ainsi également à pallier la pénurie généralisée de main-d’œuvre qualifiée.

«D’abord et avant tout, l’IA soutient les humains plutôt que de les remplacer.»
Dalith Steiger-Gablinger

Dalith Steiger-Gablinger

Experte en IA et penseuse de référence

Concrètement, de quelles qualités les salariées et salariés suisses ont-ils besoin pour réussir au travail dans un monde axé sur l’IA?

Le plus important est l’ouverture – être curieux: cela implique d’essayer de nouvelles choses et d’être prêt à acquérir de l’expérience, à la partager avec les autres et à y voir des opportunités. Les personnes qui utilisent également ces nouveaux outils et possibilités à titre privé et qui «jouent» avec eux ont un avantage.

 

Dans une PME, qui doit donner l’impulsion pour l’utilisation de l’IA?

La direction doit montrer l’exemple et définir la vision ainsi que les premières applications. Mais ce n’est pas suffisant. Il est essentiel que le personnel soit impliqué dès le début et emmené dans l’aventure de l’IA. Si ce n’est pas le cas, l’échec est programmé.

 

Quelles conséquences l’hésitation d’une entreprise à l’égard de l’IA peut-elle avoir?

Outre les répercussions négatives évidentes sur la compétitivité, il existe un risque de fuite des talents. De nombreux collaborateurs et collaboratrices utilisent des applications d’IA à titre privé et connaissent les possibilités qui s’offrent à eux. Ils souhaitent également profiter de ces avantages sur le plan professionnel et recherchent des employeurs à la pointe de la technologie. Ceux qui ne suivent pas le rythme perdent des talents et ont du mal à attirer du personnel qualifié.

 

Jusqu’à présent, nous avons surtout parlé des aspects positifs et des opportunités de l’IA. Voyez-vous également des risques fondamentaux?

Selon moi, le danger ne vient pas de la technologie, le danger vient de l’humain. Ce sont les humains qui utilisent les possibilités techniques ou qui en font éventuellement un usage abusif. Si l’humain n’était que bon, nous n’aurions pas besoin de la police. Nous devons bien sûr respecter la technologie. Nous devons la maîtriser et lui fixer des limites. Mais en tant qu’optimiste concernant l’IA, je considère toutefois que les opportunités l’emportent clairement. Et comme pour toute autre technologie majeure, l’intuition humaine joue également un rôle important dans l’IA. Nous sentons quand quelque chose ne semble pas juste – et cela devrait devenir encore plus important à l’avenir.

Dalith Steiger-Gablinger

Dalith Steiger-Gablinger

Experte en IA et penseuse de référence

Dalith Steiger-Gablinger fait partie des voix nationales et internationales les plus influentes dans le domaine de l’intelligence artificielle. Elle est leader d’opinion, conférencière, conseillère, chargée de cours et investisseuse. En 2016, elle a fondé la start-up d’IA SwissCognitive et en 2019, la CognitiveValley Foundation. Depuis 2009, elle dirige le Swiss IT Leadership Forum, une association destinée aux CIO. En tant que mentor, elle encourage les jeunes femmes et les filles dans le secteur technologique. Dalith Steiger-Gablinger a étudié les mathématiques et l’informatique de gestion à l’Université de Zurich.