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Réussir dans l’entrepreneuriat nécessite curiosité, audace et valeurs

Samy Liechti, fondateur de Blacksocks, fait partie des pionniers du commerce en ligne en Suisse. Aujourd’hui, il conseille les PME en matière de digitalisation, de modèles d’affaires et d’e-commerce. Il explique ce qui caractérise les bonnes fondatrices et les bons entrepreneurs, et pourquoi un nouvel outil ne suffit souvent pas pour apporter la solution escomptée.

20.03.2026

Blacksocks a été l’un des premiers portails e-shop de Suisse. Quand vous vous êtes lancé en ligne en 1999, la plupart des gens venaient juste d’écrire leur premier e-mail. Êtes-vous un visionnaire?

Tout dépend de la perspective. Au début, on me disait souvent que j’étais un farfelu – c’est après coup qu’on est considéré comme un visionnaire! Mais pour l’essentiel, je me demande toujours d’abord ce que je veux faire. Ce n’est qu’ensuite que vient le «comment». Il faut être prêt à oser la nouveauté et à prendre des risques.

 

C’est également ce que vous conseillez aux fondatrices et fondateurs d’aujourd’hui?

Bien sûr. Beaucoup veulent se baigner sans se mouiller. Aujourd’hui, tout le monde veut devenir entrepreneuse ou entrepreneur – mais tout le monde n’est pas fait pour cela. Certains pensent à la grande réussite, c’est-à-dire un chiffre d’affaires à plusieurs millions. Mais c’est comme gagner le gros lot au loto. L’entrepreneuriat a peut-être l’air formidable vu de l’extérieur, mais l’effort requis est immense.

«Une bonne entrepreneuse ou un bon entrepreneur doit avoir du flair.»
Samy Liechti

Samy Liechti

Fondateur de Blacksocks et conseiller

Quelles sont les qualités indispensables d’une bonne entrepreneuse ou d’un bon entrepreneur?

Un bon sens du marché et une gestion ciblée des risques. Il peut toujours arriver de passer à côté d’une tendance importante ou de voir sa cliente la plus importante partir. La capacité à gérer cette incertitude est une question de tempérament. Néanmoins, une bonne entrepreneuse ou un bon entrepreneur doit plutôt voir les opportunités – il faut pour cela être curieux et avoir du flair, mais aussi garder un œil sur les risques. Et pour finir, il faut aussi le savoir-faire pour gérer le quotidien.

 

Quels sont les défis que les PME vous soumettent?

Beaucoup ont besoin de clarté, et c’est là où j’interviens. Elles ont trop de projets en même temps et sont aveuglément convaincues par la technologie. Certaines pensent avoir besoin d’un outil spécifique pour résoudre un problème, alors qu’elles n’ont pas correctement évalué leur problématique. Dans ce cas, même un meilleur outil ne sert à rien. Il faut donc souvent commencer par faire un pas en arrière. J’aide à poser les bonnes questions et à déterminer où il faut approfondir davantage.

 

Quel rôle joue l’IA dans l’e-commerce?

Un rôle majeur. Elle accélère par exemple la détection des erreurs dans la production ou optimise le stock et les marges. Dans les plateformes de données clients, l’IA peut notamment prédire si un client achètera ou s’abstiendra. Mais l’IA a aussi ses limites: les grandes innovations requièrent toujours des personnes audacieuses. Un système basé sur des données historiques ne peut rien créer de complètement nouveau.

 

Quelles sont, selon vous, les principales tendances du commerce en ligne?

Le «rapide et bon marché» perdra de son importance à moyen terme. En revanche, les produits de haute qualité de la région, ou du moins d’Europe, gagneront en importance. Une économie circulaire crédible et fonctionnelle deviendra également encore plus pertinente: cela implique que les boutiques reprennent leurs anciens produits et les recyclent. Le plus grand défi est et reste de se démarquer de la concurrence, de trouver des clientes et clients et de les fidéliser à long terme grâce à une plus-value. Pour ce faire, les entreprises doivent réussir à former avec leurs clientes et clients une communauté partageant des valeurs.

Vendre sa propre entreprise – 5 conseils de Samy Liechti

La vente d’une entreprise est une étape importante, tant sur le plan émotionnel que stratégique. Pour avoir de meilleures chances de réussir, il importe de planifier à temps, de se faire conseiller et de procéder de manière structurée.

1. Planifier suffisamment à l’avance
Réfléchissez à temps aux acheteuses et acheteurs potentiels. Retirez-vous deux jours par an pour réfléchir à vos objectifs personnels.

2. Obtenir de l’aide
Des expertes et experts tels que des avocats ou des conseillères en succession vous apporteront un soutien précieux et vous aideront à éviter les erreurs.

3. Evaluer la valeur de manière réaliste
Clarifiez vos besoins financiers après la vente ou pour vos vieux jours et organisez la transition (p. ex. un earn-out) en connaissance de cause.

4. Avoir de la patience
Ne vendez pas précipitamment – vous augmenterez vos chances de parvenir à une bonne transaction si plusieurs candidates et candidats sont en lice.

5. Lâcher prise d’abord, puis prendre un nouveau départ
Si votre temps et vos émotions sont encore liés à l’entreprise, il n’est peut-être pas encore possible de vous projeter dans la nouvelle phase de vie qui vous attend. Prévoyez une phase de transition après la vente afin de vous réorienter.

Samy Liechti

Samy Liechti

Fondateur de Blacksocks et conseiller

Samy Liechti est un entrepreneur suisse et pionnier de l’e-commerce. Il est connu comme le fondateur de Blacksocks, le premier service d’abonnement en ligne au monde – une innovation en matière de modèle d’affaires – dédié aux chaussettes pour hommes, qu’il a lancé en 1999 à Zurich. Sous sa conduite, Blacksocks s’est développé pour devenir une entreprise internationale à succès comptant plus de 250’000 clientes et clients dans plus de 120 pays et proposant une gamme de produits élargie. En 2023, Samy Liechti a vendu son entreprise à Rohner Socks. Aujourd’hui, il conseille les entrepreneuses et entrepreneurs. Il est également un conférencier très sollicité sur des thèmes tels que l’entrepreneuriat, le commerce digital et les modèles d’abonnement.