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La recette du bonheur

Pour être heureux au travail, il faut pouvoir faire preuve de responsabilité individuelle, disposer de canaux de communication informels et bénéficier de conditions de travail flexibles. Sigmar Willi, chercheur spécialisé dans le bonheur, nous explique dans cet entretien ce que chacun·e peut faire soi-même pour augmenter sa propre satisfaction.

20.03.2026

Pourquoi le bonheur du personnel est-il important pour une entreprise? Le bonheur n’est-il pas une affaire privée?

Les collaboratrices et collaborateurs qui sont heureux non seulement dans leur vie privée, mais aussi au travail, présentent de nombreux avantages pour une entreprise. Ils sont plus satisfaits, plus productifs, plus créatifs, moins souvent malades et changent moins souvent d’emploi. Tout cela conduit finalement à une plus grande réussite économique.

 

Et comment rendre son personnel heureux?

Il existe de nombreux facteurs. Parmi eux figurent l’estime, la responsabilité individuelle, le sens qu’on trouve au travail, l’encouragement et les feed-backs positifs. Les canaux de communication informels sont également importants, par exemple les apéritifs réguliers ou les événements d’équipe. Un bon cadre dirigeant accorde également sa confiance à ses collaboratrices et collaborateurs a priori. Autrement dit, il leur fait confiance dès le début, au lieu de leur donner l’impression qu’ils doivent gagner cette confiance au prix de grands efforts. Cela est motivant.

«Un bon cadre dirigeant accorde sa confiance à ses collaboratrices et collaborateurs a priori.»
Sigmar Willi

Sigmar Willi

Chercheur en bonheur et conseiller d’entreprises

A quoi un bon cadre dirigeant doit veiller personnellement?

Il doit être conscient du fait qu’il ne doit et ne peut pas avoir son mot à dire sur tout, sinon il devient un micromanager. Il doit par ailleurs bien se conduire lui-même: cela implique de faire preuve d’optimisme, d’avoir une attitude intérieure saine et de prendre soin de soi, par exemple en prenant des pauses régulières ou d’autres moments de repos.

 

Quel rôle jouent les conditions cadres favorables à la famille et aux loisirs, comme le télétravail ou les horaires de travail flexibles?

Elles donnent aux collaboratrices et collaborateurs autonomie, maîtrise de leur temps et liberté. En l’absence de ces facteurs, la satisfaction du personnel est fortement réduite. Cependant, la quantité est décisive. Ma règle générale est: pour un temps plein, deux jours de télétravail sont acceptables. Si les collaboratrices et collaborateurs sont moins présents au bureau, l’échange social et l’esprit d’équipe en pâtissent.

Un salaire élevé rend-il heureux?

Le salaire joue un rôle important, mais ceux qui pensent que plus d’argent signifie automatiquement plus de bonheur se trompent», déclare Sigmar Willi, expert en bonheur, qui reconnaît toutefois que le salaire est une expression importante de la reconnaissance. Il doit se situer dans la fourchette salariale de l’entreprise et du secteur. «Jusqu’à un certain point, le salaire est déterminant», explique le chercheur en bonheur. «Des études montrent que si je peux financer ma vie selon mes besoins, je suis satisfait – au-delà, plus d’argent n’apporte guère plus de bonheur.»

Ce qui rend les collaboratrices et les collaborateurs heureux durablement, ce sont les relations positives au bureau, le sens qu’ils donnent à leur travail et le fait de vivre des réussites. «Ces facteurs n’ont pas de demi-vie – ils agissent donc sur le long terme», explique Sigmar Willi. Ils apportent force, croissance et résilience. «Cela ne signifie pas qu’il ne faut pas ou qu’on ne peut pas bien gagner sa vie, mais l’argent ne fait pas tout.»

Qu’est-ce que toute personne peut faire pour améliorer sa propre satisfaction au travail?

Tout le monde peut être de mauvaise humeur. Tout dépend de la manière dont on gère cette situation. Lors d’une mauvaise journée, il est utile d’adapter ses propres attentes et d’essayer de ne pas trop se laisser influencer par ses sentiments négatifs. Il est également bénéfique de communiquer avec d’autres personnes et de faire preuve d’empathie. Et il faut s’ancrer dans le présent.

 

Que voulez-vous dire par là?

Nos pensées sont généralement tournées vers le passé ou l’avenir. Nous courons d’un rendez-vous à l’autre et, entre-temps, nous sommes sur notre smartphone. Mais c’est précisément dans les moments de joie, lorsque l’on a relevé un défi ou que l’on profite simplement de la caresse du soleil sur la peau qu’il faut prendre le temps de s’arrêter un instant et de laisser ce sentiment positif nous envahir. On oublie vite de prendre des pauses plus longues dans le quotidien professionnel. Il est toutefois important d’en planifier et de se faire du bien: tout compenser par sa vie privée n’est pas une bonne stratégie.

 

Avez-vous des routines fixes pour augmenter votre bonheur?

Oui, plusieurs. Le matin, avant de me lever, je réfléchis par exemple à trois choses que j’attends avec impatience ce jour-là. Le soir, je réfléchis par écrit à ma journée, y compris aux moments qui n’ont pas été si bons. Je note également «3 good things»: trois choses qui se sont bien passées ce jour-là et pourquoi. C’est une méthode efficace pour reconnaître et apprécier les aspects positifs de la vie.

Sigmar Willi

Sigmar Willi

Chercheur en bonheur et conseiller d’entreprises

Sigmar Willi est conseiller et coach indépendant spécialisé dans le développement de la conduite et des équipes, et conférencier sur les thèmes liés au bonheur. Il est professeur et chargé de cours en développement de la personnalité et en psychologie positive à la Haute école spécialisée de Suisse orientale. Diplômé en gestion d’entreprise, il a suivi des études postgrades en psychologie positive ainsi que plusieurs perfectionnements dans des domaines tels que le bonheur en entreprise et l’accompagnement orienté sur les solutions. Il a également occupé des fonctions de direction dans différentes institutions.