• Personnel et droit du travail
  • Digitalisation et cybersécurité

Bernhard Heusler sur le leadership à l’ère de l’IA et de la génération Z

Le travail de direction est un terrain sous tension. L’ancien président du FCB et expert en leadership Bernhard Heusler sait comment évoluer efficacement sur ce terrain. Il relève les défis du monde du travail actuel avec authenticité et empathie.

20.03.2026

Président au lieu de footballeur

Quand il était jeune, il rêvait de briller sur le terrain de foot en tant que joueur leader. Toutefois, Bernhard Heusler a trouvé une autre voie et s’est tourné vers le FC Bâle 1893. Pendant huit ans, ce juriste a dirigé le côté commercial du club de tradition, a surmonté des crises et a célébré encore plus de succès. Il en a donc beaucoup appris sur le leadership. Aujourd’hui, il transmet son savoir à d’autres en tant que speaker et coach. Un aspect lui tient particulièrement à cœur: l’authenticité.

Est authentique celui qui agit selon ses convictions et est honnête avec lui-même et les autres. «Certes, cela ne fait pas automatiquement un bon dirigeant. Mais c’est une base importante», explique Bernhard Heusler. Les dirigeants ne peuvent pas éviter de réfléchir constamment à leur attitude au quotidien. «Ils doivent se montrer critiques quant à savoir si leur comportement reflète véritablement cette attitude. Cela demande beaucoup de réflexion sur soi-même.»

Importance de l’identification

Pour exercer efficacement un rôle de direction, les cheffes et chefs ont aussi besoin d’une mission à laquelle ils peuvent s’identifier. A ce niveau, le FC Bâle a été une chance pour Bernhard Heusler. S'identifier à sa mission a été facile pour lui qui est fan de foot depuis l’enfance. «C’est pourquoi, dans les situations de crise justement, j’ai toujours su instinctivement ce que l’on attendait de moi. Je me suis senti en confiance dans pratiquement toutes les décisions à prendre.»  

Mais lui aussi a parfois dû se retenir, sans pouvoir être toujours lui-même: «En fait, je suis trop émotif. Alors, surtout dans le football professionnel, un environnement déjà marqué par une certaine hystérie, il était essentiel que je me force à être rationnel et à faire ainsi contrepoids.» Cela fait aussi partie des qualités d’un bon dirigeant: savoir quel comportement est approprié dans une situation donnée.

Le travail de direction: un tour de force?

Etre authentique tout en faisant preuve de maîtrise de soi. Montrer des émotions tout en restant rationnel: le travail de direction peut s’avérer être un réel tour de force. Comment peut-on maîtriser cet exercice d’équilibre? «D’après mes expériences, les concepts de leadership qui sonnent bien ne sont pas forcément d’une grande aide. Le plus important est de bien se connaître», explique Bernhard Heusler. «Le leadership, c’est un peu comme conduire une automobile: on pilote activement tout en agissant beaucoup par instinct.»

Bernhard Heusler
«Le leadership, c’est un peu comme conduire une automobile: on pilote activement tout en agissant beaucoup par instinct.»

Bernhard Heusler

Expert en leadership

Toutefois, ces considérations ne doivent pas faire oublier que le leadership n’est pas une discipline individuelle. «Il faut toujours avoir à l’esprit qu’on ne peut pas tout faire et certainement pas tout faire parfaitement.» Il est donc indispensable d’échanger régulièrement au sein de l’équipe et d’apprendre des personnes qui en savent plus que soi.

Les qualités et les défauts de la génération Z

C’est une question que l’on pose souvent à Bernhard Heusler: comment gère-t-on les collaborateurs «difficiles»? Le football incite à se prendre pour une star, mais on rencontre également ce type de personnalité complexe dans les grandes entreprises ou les PME. Actuellement, tout le monde parle des générations Z et alpha, soi-disant «réfractaires au travail». La recette de Bernhard Heusler: le respect et l’empathie. «Ceux qui considèrent les personnes originales comme une menace et qui s’efforcent de gommer leur personnalité échoueront.» Faire preuve de sensibilité pour trouver des compromis pertinents est plus prometteur.

L’empathie est également déterminante avec un autre thème brûlant: l’intelligence artificielle (IA). Les dirigeants ont pour tâche de créer des conditions cadres permettant aux collaboratrices et collaborateurs de fournir les meilleures performances. Les applications IA font de plus en plus partie de ces conditions cadres. «Mais l’IA fait aussi peur. Les collaboratrices et collaborateurs craignent de devenir inutiles», explique Bernhard Heusler. Trouver l’équilibre entre progrès technique et malaise humain requiert d’avoir une intelligence émotionnelle élevée.

Prendre les gens comme ils sont

Ce n’est pas un hasard si Bernhard Heusler attribue autant d’importance aux aspects humains dans le travail de direction. Il a été influencé par son père, responsable des ressources humaines. «Il nous a appris à croire qu’il n’y a pas de différences entre les gens, indépendamment de ce qu’ils ont ou de ce qu’ils sont.»  

Promouvoir la diversité et ne pas s’entourer uniquement de ceux qui nous ressemblent est aujourd’hui encore l’un des principes de conduite les plus importants de Bernhard Heusler – dans le football aussi. «C’est fou comme les gens qui se regroupent sous les couleurs d’un club sont radicalement différents. Les rassembler n’est possible que si l'on prend ces personnes comme elles sont.»

Bernhard Heusler

Bernhard Heusler

Leader

Bernhard Heusler est docteur en droit et a travaillé en tant qu’avocat en droit des affaires avant de reprendre la direction opérationnelle du FC Bâle 1893 en 2009 puis la présidence en 2012. Sous sa direction, le club a fêté huit titres de champion d’affilée. Depuis son retrait en 2017, il travaille en tant que speaker, conseiller et coach en sport et en économie.