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La «vague verte» – Du pragmatisme au lieu du populisme

La Suisse a voté. Malgré la «vague verte», et la légère poussée vers la gauche en Suisse, le principal équilibre des forces n'a toutefois connu que peu de changements. Des solutions pragmatiques sont nécessaires ces quatre prochaines années – les défis ne manquant pas pour le pays.

Aucune inversion de tendance – Les émissions de CO2 augmentent partout dans le monde

La Suisse a voté. Comme prévu, les Verts ont remporté une nette victoire lors des élections pour le Conseil national et des Etats du 20 octobre dernier, réalisant une progression de 6,1% et comptant désormais 13,2% des sièges. Les Vert'libéraux, quant à eux, ont également gagné du terrain. La Suisse connaît ainsi une véritable «vague verte».

On pouvait s'attendre à cette victoire électorale. Le débat sur le climat a fait la une des journaux ces dernières semaines et également entraîné des changements politiques dans d'autres pays, à l'image des Verts en Autriche, qui ont également progressé lors des élections pour le Conseil national, en septembre dernier, revenant au Parlement avec 13,9 % – soit le meilleur résultat de leur histoire. On peut donc parler d'une tendance à l'échelle européenne. Par ailleurs, force est de constater que les mouvements populistes peuvent influer de manière décisive sur les élections et les votations, et comme on le sait, le populisme est incolore.

Emissions de CO2 en millions de tonnes

Sources: Atlas Carbon Project, CIO Office Raiffeisen Suisse

Or, à présent, il s'agit de la mise en oeuvre pragmatique des préoccupations justifiées. Comme partout ailleurs, il n'existe pas de solutions simples au débat sur le climat – les problèmes sont globaux et très complexes. Les émissions mondiales de CO2 ont considérablement augmenté ces dernières années, atteignant un nouveau record de 36'153 millions de tonnes en 2017. Les combustibles fossiles que sont le charbon (40%), le pétrole (35%) et le gaz (20%) constituent à ce sujet les principales sources d'émissions de CO2. Les émissions ont globalement augmenté de 2,2% en moyenne par an entre 1990 et 2017, la Chine enregistrant de loin la plus forte croissance.

La Chine, principal pollueur

Aujourd’hui, l'Empire du Milieu est responsable de plus de 27% des émissions mondiales de CO2 et devance de loin le deuxième plus grand pollueur climatique que sont les Etats-Unis (14,5%). A titre de comparaison, les émissions annuelles de CO2 en Suisse s'élèvent à environ 40 millions de tonnes, soit 0,11% seulement des émissions mondiales, et souligne le fait que le problème ne peut être résolu que globalement. Même si la Suisse parvenait à réduire ses émissions de CO2 à zéro demain, cela ne représenterait même pas une goutte d'eau dans l'océan; en effet, les émissions augmentent de bien plus de 100 millions de tonnes par an, rien qu'en Chine.

Emissions de CO2 en millions de tonnes

Sources: Statista, CIO Office Raiffeisen Suisse

Et on peine toujours à résoudre le problème au niveau mondial. Malgré l'adoption de l'Accord de Paris sur le climat fin 2015, la réglementation n'entrera toutefois en vigueur que l'année prochaine. Les objectifs comprennent les trois points suivants: limiter la hausse des températures à un maximum de 1,5 degré (d'ici 2050), promouvoir la résilience au climat et concilier les flux financiers avec les objectifs climatiques. Toutefois, l'accord comporte deux lacunes: Premièrement, il ne prévoit aucune mesure concrète quant à la manière d'atteindre les objectifs, et, deuxièmement, l'accord est certes contraignant en vertu du droit international, mais ne prévoit aucune sanction. Par ailleurs, les USA et le Brésil ont déjà menacé de se retirer de l'accord.

Les énergies renouvelables sont loin derrière

En ce qui concerne les mesures concrètes de réduction des émissions de CO2, l'accent est mis sur la réorientation du mixe énergétique vers les énergies renouvelables. Ces dernières présentent bien évidemment encore un énorme potentiel, la part de l'énergie éolienne et solaire étant inférieure à 5% au niveau mondial. Or, la part des combustibles fossiles restera élevée, même si on forçait le développement des énergies renouvelables.

Par ailleurs, ce développement coûte: en effet, le prix de l'électricité a augmenté de près de 32% ces dix dernières années en Allemagne – pays pourtant pionnier dans la promotion des énergies renouvelables – et compte parmi les plus élevés d’Europe. Et même l'idée d’être le premier pays à établir un nouveau secteur prometteur d'exportation dans l'industrie solaire est partie en fumée. Pratiquement toutes les entreprises solaires allemandes ont fait faillite ou ont été vendues malgré des subventions massives – aujourd'hui, ce sont les entreprises solaires chinoises qui dominent le marché mondial. Par ailleurs, le développement continu connaît des obstacles – à l'image des parcs éoliens qui sont combattus en permanence (surtout par les militants écologistes).

Evolution du mixe énergétique au fil du temps

Sources: BP Energy Outlook, CIO Office Raiffeisen Suisse

Un bilan énergétique mitigé

Une autre «solution» souvent prisée est le développement de l'e-mobilité. Mais là aussi, la vue d'ensemble est mitigée. Selon les calculs de divers instituts de recherche indépendants, les véhicules électriques ne présentent un meilleur bilan CO2 par rapport aux moteurs à combustion conventionnels de dernière génération qu'à partir de 100'000 kilomètres environ. La production de la batterie d'une voiture électrique de classe moyenne génère à elle seule entre 3 et 5 tonnes de CO2 – et ce, avant que la voiture ne soit mise en circulation pour la première fois.

Il faut également tenir compte du fait qu'environ 75 % de l'électricité de la prise est produite à partir de combustibles fossiles, c'est-à-dire tout sauf «propre». Enfin et surtout, le problème du recyclage des batteries n'a pas été résolu. Les matières premières telles que l'indium, le lithium, le cobalt, le magnésium et le chrome, que l'on trouve toutes dans les batteries, sont difficiles à recycler et représentent un fardeau futur pour l'environnement.

Ces exemples devraient bien illustrer qu'il n'existe pas de solutions simples. Il est donc d'autant plus important de ne pas prendre de mesures irréfléchies et coûteuses dans l'état d'esprit actuel, mais, au contraire, faire preuve de sang-froid et adopter une approche pragmatique et coordonnée à l'échelle mondiale, pour résoudre efficacement les problèmes.

Emissions de CO2 en tonnes et kilomètres parcourus

Sources: Volkswagen AG, CIO Office Raiffeisen Suisse

Le CIO explique: qu'est-ce que cela signifie pour la suisse?

Le tournant énergétique devrait contribuer à réduire les émissions de CO2. Plusieurs entreprises suisses sont leaders dans le domaine des énergies durables. L'entreprise thounoise Meyer Burger, par exemple, est une entreprise technologique de pointe spécialisée dans le photovoltaïque. Les machines de l'entreprise sont utilisées dans le monde entier pour la production de cellules solaires, de modules et de systèmes solaires complets. L'entreprise Gurit est un fournisseur important dans le domaine de l'éolienne. Le fabricant de matériaux composites produit entre autres des pales de rotor pour éoliennes. Les rotors, allant jusqu'à 100 mètres de long, sont fabriqués en bois de balsa et façonnés et fabriqués par Gurit. A moyen terme, les deux entreprises devraient bénéficier du niveau élevé d'investissement dans l'éolienne et le solaire. Les investisseurs doivent toutefois savoir que les carnets de commandes de ces sociétés, et donc le cours de leurs actions, sont très volatils. Il est donc plus judicieux d'investir dans investissement diversifiés qui couvrent l'ensemble du spectre de ce sujet.

Matthias Geissbühler, CIO Raiffeisen Suisse