Connaissances en investissement expliquées simple

Réussir ses investissements, dans le contexte des taux d'intérêt négatifs

Le contexte persistant de taux d'intérêt négatifs a, pour ainsi dire, réduit à néant les rendements sur les possibilités de placement sans risque, comme le compte épargne ou les obligations d'Etat suisses. Il faut donc investir aujourd'hui, si l'on veut générer des rendements futurs, malgré les taux d'intérêt négatifs. Y compris ceux qui ne veulent assumer aucun risque excessif trouveront des perspectives intéressantes.

Investir à faible risque, malgré des taux d'intérêt négatifs

Quand en a-t-on pour son argent? Déposer son argent sur un compte épargne ne rapporte aujourd'hui presque plus rien. Même les possibilités de placement sans risque, tant appréciées, ont été balayées par les taux d'intérêts bas. Alors qu'on obtenait 2 à 3% d'intérêt sur les obligations de caisse avant la crise financière de 2009, voire 4% au début des années 2000, les rendements sont désormais nuls. La cause: des taux d'intérêt très bas, voire négatif, maintenus à ces niveaux par les banques centrales, y compris la Banque nationale suisse (BNS). La Banque centrale européenne (BCE) a abaissé pour la première depuis 2016 son taux de dépôt, et les obligations d'Etat allemandes enregistrent actuellement des taux négatifs. Pour obtenir un rendement sur son argent dans la phase actuelle de taux bas, il faut donc investir activement. 

Rendement sur les obligations d'Etat suisses, par durée 

Rendement sur les obligations d'Etat suisses, par durée

Source: Bloomberg, Raiffeisen Investment Office

Force est de constater que les placements qui augmentent le patrimoine dans le contexte actuel des taux bas ne sont pas du tout liés à des risques démesurés. Certes, le risque est plus élevé par rapport aux obligations de la Confédération, considérées comme sans risque, mais il reste contrôlable, y compris pour les investisseurs plutôt prudents et peu enclins à prendre des risques, à condition qu'ils respectent les trois règles suivantes.

 

1. Minimisez les risques grâce à une large diversification

Tout d'abord, il faut veiller à diversifier ses placements de manière optimale (LIEN Diversification). Concrètement, il s'agit d'organiser les différents risques encourus avec ses placements, afin de ne pas créer de gros risques au sein du portefeuille. Par exemple, il est judicieux de ne pas investir tout son argent sur le marché des actions, bien qu'il promette de bons rendements à l'heure actuelle, car le choc serait trop rude en cas de revirement. En revanche, il est plus judicieux de diviser ses investissements en fonds en actions et en fonds immobiliers car le marché immobilier évolue indépendamment du marché des actions, ou encore d'acheter actions et obligations, sachant que l'évolution de ces deux catégories de placement va souvent à contre-courant; autrement dit, l'une est susceptible de compenser les pertes de l'autre. 

Pour les entrepreneurs: attention à la prise de risque!

Si vous placez de l'argent en tant qu'entrepreneur, n'oubliez pas qu'une partie de votre patrimoine, et parfois même une part considérable, est liée à votre entreprise. Cette part est comparable à des placements en actions, du point de vue des risques de bénéfice et de perte. Il faut donc tenir compte des risques auxquels l'entreprise est exposée, lors de la diversification des placements privés. Par exemple, il est peu recommandé d'investir dans la même branche d'activité que l'entreprise elle-même. Ou par exemple, le propriétaire de l'entreprise ferait bien de ne pas s'exposer aux évolutions sur le marché immobilier, en réalisant des investissements dans ce secteur, si la valeur de son entreprise est fortement influencée par celle de son immeuble commercial.

 

2. Formulez des attentes de rendement réalistes

Les attentes de rendement comptent également pour beaucoup et doivent être plus modérées qu'auparavant. Il serait erroné de considérer les rendements obtenus par le passé, à titre de valeur de comparaison. En effet, il était tout à fait normal par le passé de générer des bénéfices de l'ordre de 4, 5, voire 6%, y compris pour un portefeuille à faibles risques. Or, les conditions fixées par les banques centrales n'étaient pas les mêmes à l'époque. Mieux vaut donc prendre les rendements de placements sans risques, dont les obligations d'Etat de la Confédération, à titre de référence, qui sont toujours négatifs à l'heure actuelle.

Évolution des rendements moyens de portefeuilles peu risqués 

Évolution des rendements moyens de portefeuilles peu risqués

Source: Bloomberg, Raiffeisen Investment Office

Comme le souligne Matthias Geissbühler, responsable Placements du Groupe Raiffeisen: «On peut s'attendre à 2,5 ou 3% pour un portefeuille équilibré avec un risque modéré aujourd'hui, mais guère plus.» Il faut également rester conscient de l'existence de fluctuations. «Les rendements peuvent être nettement meilleurs certaines années, mais moins bons, voir négatifs, à d'autres moments.»

 

3. Définissez un horizon de placement délibérément éloigné

En tant qu'investisseur, il faut également pouvoir contourner les revers à court terme et surmonter au mieux les phases de perte. Cela n'est possible qu'avec un horizon de placement assez éloigné. Le troisième aspect déterminant pour exploiter les opportunités de rendement sans gros risques, dans un contexte de taux bas, est donc le temps. Il faut pouvoir se passer de l'argent placé pour quelques années, pour éviter de devoir vendre à un moment inapproprié.

Bon à savoir: Qu'est-ce qu'on entend par taux d'intérêt négatifs?

Les taux d'intérêt sont en quelque sorte le prix que doivent payer les banques ou les investisseurs, pour pouvoir déposer de l'argent sans courir de risque. Dans le cas des banques centrales, il s'agit d'un outil de politique monétaire permettant de gérer l'inflation (à savoir le renchérissement de l'argent). Dans le contexte actuel de taux d'intérêt négatifs, la banque commerciale paie donc la banque centrale lorsqu'elle y dépose son argent. La banque centrale tente ainsi de motiver les banques commerciales à octroyer plus de crédits. C'est pourquoi la BCE a introduit des taux d'intérêt négatifs sur les dépôts volontaires des banques en 2014. La situation est un peu différente en Suisse. En effet, lorsque la BNS  a annoncé des taux négatifs à son tour fin 2014, le franc s'est retrouvé sous une pression énorme. La BNS a creusé une nouvelle fois la différence d'intérêt par rapport à la zone euro et aux Etats-Unis, en introduisant des taux négatifs sur les dépôts des banques. 

Bien que la BNS ait introduit des taux négatifs pour affaiblir le franc, elle est prise au piège. Elle ne peut pas relever ses taux, tant que la BCE ou la Fed maintiennent leurs taux à un niveau faible, sous peine de renforcer le franc. Ainsi, les banques suisses ont payé près de 6,3 milliards de francs en intérêts négatifs à la BNS, entre 2015 et 2018. Or, le taux négatif n'est pas seulement une charge pour les banques. En effet, la politique des taux bas et négatifs se répercute également sur le niveau de rendement des placements à faibles risques, sachant que les taux d'intérêt des obligations d'Etat, des crédits commerciaux et personnels, ainsi que des avoirs bancaires, suivent plus ou moins la tendance des taux d'intérêt des banques centrales.

Des fonds immobiliers et des obligations, en plus des actions

Quelles sont les catégories de placement envisageables dans le contexte de taux bas, sans que l'on doive courir de gros risques? A vrai dire, aucune qui ne soit pas déjà connue. «Les actions et l'immobilier jouent un grand rôle dans le portefeuille», explique Matthias Geissbühler. Ce dernier recommande de mettre l'accent sur la qualité et la stabilité des placements au moment de composer le portefeuille d'actions, et de tenir compte des produits des dividendes. En matière d'immobilier, M. Geissbühler conseille des fonds, une fois de plus. «Ces derniers génèrent encore des rendements annuels sur distribution de 2,5%.» Mais le Chief Investment Officer de Raiffeisen ne négligerait pas non plus les obligations, qui affichent actuellement des rendements négatifs. En effet, elles peuvent servir de garantie, si les banques centrales réduisent davantage les taux d'intérêt, en cas de récession.

Actions: les titres défensifs avec des dividendes sont un bon choix

Les actions devraient continuer de profiter de l'excès de liquidité, grâce à la politique menée par les banques centrales à l'heure actuelle. Les investisseurs plutôt prudents misent surtout sur des titres défensifs, autrement dit des actions d'entreprises dont la marche des affaires ne dépend que peu de la conjoncture et qui peuvent limiter les pertes de valeur, y compris en cas de ralentissement économique. «Les actions du secteur de l'agroalimentaire ou de la santé sont de bons exemples pour des portefeuilles plutôt défensifs», précise Matthias Geissbühler. Il recommande également de rester concentré sur les dividendes.

 

Obligations: pourraient compenser un revers en cas de récession

En fait, l'actuelle situation des taux enlève tout attrait aux obligations, du moins à première vue. Les placements sûrs, dans des obligations d'Etat (de la Confédération ou les Bund allemandes) ou d'entreprise, affichent des rendements négatifs. Mais il ne s'agit que d'une seule perspective. Les obligations peuvent aussi servir de protection contre une récession. Certes, l'Investment Office de Raiffeisen ne parie pas sur le scénario d'une prochaine récession. Si jamais elle devait quand même arriver et contraindre les banques centrales à baisser davantage les taux d'intérêt, les obligations seraient alors utiles pour les investisseurs car leur taux augmenterait dans ce cas. 

Fonds immobiliers: sources de sécurité et de revenu régulier

«L'immobilier est un segment qui ne devrait pas subir de pertes, tant que les taux d'intérêt ne tombent pas plus bas», explique Matthias Geissbühler. Les investisseurs privés qui souhaitent diversifier leur portefeuille peuvent investir dans des fonds immobiliers, et n'assument ainsi aucun gros risque dans l'environnement actuel – même si la BNS met en garde régulièrement contre une bulle immobilière. Par ailleurs, ils profitent de dividendes annuels sur leur capital.

 

Or: la valeur sûre

Contrairement à pratiquement toutes les monnaies, le précieux métal ne risque pas de perdre de sa valeur pour cause de circulation en trop grosse quantité. Au contraire, l'or reste fidèle à sa réputation de valeur sûre. «La persistance de faibles coûts d'opportunité encourage la hausse du prix de l'or», d'après Matthias Geissbühler. Autrement dit, peu importe à l'investisseur si ses placements dans l'or ne lui rapportent aucun revenu régulier, du moment que les investissements dans d'autres catégories de placement ne lui rapportent rien non plus, de leur côté.