Le point de vue du chef économiste de Raiffeisen
06.05.2026
Fredy Hasenmaile
Chef économiste de Raiffeisen
89 ans, ça suffit
Hollywood n’a qu’à bien se tenir. Aucun scénario n’aurait pu imaginer une histoire plus captivante, plus dramatique et plus émouvante que celle écrite par le hockey sur glace suisse la semaine dernière. Pour la première fois depuis 2004, le titre de champion de Suisse s’est décidé lors des prolongations du dernier match. Lorsque Lucas Wallmark a propulsé le palet sous la barre transversale à la sixième minute de la prolongation, tout le monde a laissé éclater sa joie. C’était bien plus qu’une simple explosion de joie libératrice à la suite de ce titre de champion tant attendu. À ce moment-là, un poids énorme a été enlevé des épaules des joueurs de Fribourg. Des hommes robustes se sont pris dans les bras, ont poussé des cris de soulagement et ont eu du mal à retenir leurs larmes.
C’était la toute dernière danse de cette équipe. Cela faisait des années que l’équipe était à deux doigts de réussir. Au cours des cinq dernières années, elle a terminé trois fois deuxième des qualifications, mais elle n’a jamais réussi à décrocher le titre de champion. Fondé en 1937, le club attendait ce succès depuis 89 ans. À plusieurs reprises, il avait failli y parvenir au cours de l’histoire récente. Les Fribourgeois avaient déjà perdu quatre séries finales. Et c’était littéralement la dernière occasion. L’équipe aura un tout nouveau visage l’année prochaine. Le gardien Reto Berra terminera sa carrière à Kloten, tandis que Julien Sprunger, l’attaquant vedette de Fribourg, raccroche ses patins. Et Lucas Wallmark, le sauveur qui formait avec Marcus Sörensen un duo d’attaquants très complémentaire, vient de signer en deuxième division suédoise.
Et c’était sans aucun doute la dernière chance pour l’attaquant Julien Sprunger d’entrer dans l’histoire de Fribourg en tant que légende absolue. Ce héros fribourgeois, véritable figure emblématique, est toujours resté fidèle à son club et a résisté à toutes les tentations de rejoindre une équipe championne à Berne, Zurich ou Zoug. À 40 ans, avec sa barbe visiblement grisonnante, le capitaine a été un pilier de l’équipe et un élément essentiel de son succès, même lors de sa dernière saison. Il avait déjà voulu raccrocher l’année dernière. C’est pour Roger Rönnberg, le nouvel entraîneur, qu’il a prolongé d’une saison supplémentaire, avec l’espoir de remporter enfin le titre de champion. Lors du troisième match, il a inscrit le but de la victoire en prolongation, et son but décisif lors de l’avant-dernier match a ouvert la voie à la finale décisive. À Fribourg, son nom sera désormais cité au même titre que celui de Jo Siffert, le légendaire pilote automobile fribourgeois.
On n’ose même pas imaginer ce qu’il en aurait été si, après tant de passion, de travail et de volonté, cela n’avait encore une fois pas fonctionné. Le vide aurait été abyssal. Toutes ces larmes auraient fait déborder la Sarine. Les Fribourgeois avaient déjà la réputation d’être des perdants et celle-ci semblait peu à peu se transformer en malédiction. Une telle évolution n’était tout simplement pas envisageable pour les personnes concernées. Elles se sentaient investies d’une mission sacrée, celle de remporter le titre pour Julien.
Et le destin a eu pitié. Le HCD, qui a parfois dominé le match lors de la dernière rencontre, n’a pas réussi à faire tourner la chance en sa faveur. Face à ces arguments irréfutables, les dieux semblaient s’être rangés du côté des Fribourgeois. Dès la 58e minute, alors que le score était de 2:2, les dieux avaient apparemment choisi Gottéron, lorsque le Davosien Tino Kessler a envoyé le palet sur la barre transversale, faisant vaciller le conte de fées fribourgeois. Mais ce titre n’est en aucun cas volé. Les deux équipes auraient mérité la victoire tout autant l’une que l’autre. Les statistiques montrent elles aussi que les deux meilleures équipes des qualifications sont au coude à coude. Et c’est donc le destin qui a dû trancher. Que les Grisons me pardonnent si, sur cette question, je prends parti pour les Zähringen. Avec tout le respect que je leur dois: la joie du club le plus titré après son 32e titre aurait difficilement surpassé celle des Fribourgeois à l’occasion du premier titre de leur histoire.
Le HC Fribourg-Gottéron n’a pas seulement affronté Davos. L’équipe a joué contre son histoire. Contre Bykov et Khomutov, ces deux Russes qui avaient autrefois l’envergure nécessaire pour figurer dans n’importe quelle épopée du hockey sur glace, mais qui ont échoué sur le dernier but. Contre le souvenir des finales perdues. Contre l’étiquette des inachevés. Contre sa propre malédiction. Et oui: de temps à autre, il semble y avoir une force supérieure qui veille à ce que ce qui ne doit pas être ne se produise pas. Qu’Hollywood n’hésite pas à se manifester pour acquérir les droits de cet incroyable scénario.
Fredy Hasenmaile
Chef économiste de Raiffeisen
Depuis 2023, Fredy Hasenmaile est chef économiste de Raiffeisen Suisse et responsable du service Economic Research de la Banque. Avec son équipe, il analyse les évolutions de l’économie et des marchés financiers en Suisse et dans le monde, et il est chargé de l’évaluation de l’actualité économique et des prévisions relatives aux chiffres économiques clés.
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